Le défi de l’énergie en Afrique

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600 millions d’Africains (75%) vivent aujourd’hui sans électricité quand la consommation de ceux en disposant ne dépassait pas les 600 kWh par an en 2012, contre 3064 kWh pour la moyenne mondiale[1]. Plus sujet aux caprices du climat, l’Afrique perdrait près de 4% de son Produit Intérieur Brut (PIB) chaque année selon le Président de la Banque Africaine de Développement, Akinwumi Adesina[2]. Un constat qui, bien que connu de longue date, ne laisse aujourd’hui plus indifférents la communauté internationale ainsi que les dirigeants des pays du continent.

C’est donc en partie au chevet de l’Afrique que la 21ème Conférence des Parties s’est tenue. Cependant, outre les déclarations habituelles de bonnes intentions émanant des puissances industrialisées, les dirigeants de nombreux pays africains soutenus par la société civile, semblent avoir pris en main la problématique de leur production d’énergie dans la suite logique de plusieurs initiatives lancées plus tôt en 2015.

Ambition des discours, quelles actions ?

L’Agence africaine pour l’électrification a été créée en juin 2015 par les 54 chefs d’Etats africains et de gouvernements de l’Union africaine pour financer et surtout coordonner les projets d’électrification. Selon Roger Nkodo Dang, le président du Parlement panafricain, « nous avons besoin de 5 milliards de dollars par an pendant 10 ans », rajoutant que si cette somme paraissait dérisoire au vue des enjeux, elle se devait d’être réelle et issue de sources fiables.

Comptant sur des versements des pays responsables historiquement du changement climatique, ces 5 milliards seraient un apport à une levée de fonds privés à hauteur de 250 milliards de dollars nécessaires à la réalisation de l’électrification totale du continent.

Lors de la COP 21, la France s’est engagée à financer ces différentes ambitions, ambitions qui viennent contrecarrer la chute inexorable de l’aide au développement  depuis 2012. Sur les 4 milliards d’euros promis à l’horizon 2020, 2 devraient être consacrés à l’aide climatique. Cette annonce de François Hollande à la tribune de l’ONU en septembre 2015 est pourtant loin des ambitions portées par le président en début de mandat en matière d’aide au développement.

L’Afrique pourrait aussi compter sur la viabilité du Fonds vert pour le climat, créé lors du dernier sommet à Copenhague en 2009.  Loin d’être assurées, les promesses de dons enregistrées en 2014 n’ont été honorées qu’à moitié à ce jour[3].  Couvrant  8 projets d’une valeur estimée à 168 millions de dollars, 10 milliards de fonds remplissent désormais les caisses du Fonds. En tête des premiers pays européens donateurs, la France fait figure de mauvais élève quand l’Allemagne et la Suède demeurent les plus généreux.

Particulièrement apprécié des pays receveurs qui y voient un moyen adéquat de financer directement des projets éligibles, le financement du Fonds Vert n’a que peu était abordé lors de la COP 21. Jusqu’ici, des fonds issus des prélèvements sur le marché du carbone paraissaient assurer sa pérennité. Or, la défection des pays pour un tel système, à travers notamment la volonté de fixer un prix du carbone, s’est confirmée lors du sommet.

D’autre part, de nombreuses zones d’ombre planent sur les contributeurs de ce Fonds. A ce jour, 20 entités se sont vues décerner une accréditation par le Fonds vert pour le Climat. Si l’Agence Française de Développement ou la Banque Européenne pour la reconstruction et le développement détiennent une certaine crédibilité, des institutions telles que la Deutsche Bank soulèvent quelques inquiétudes. Cette dernière se voit notamment reprocher son investissement dans les énergies fossiles telles que le charbon. Elle y aurait consacré près de 13.84 milliards de dollars entre 2009 et 2014 selon un rapport réalisé par plusieurs ONG « Charbon, le crash test des banques à l’heure de la COP21 »[4].

Certes évoqué lors des réunions internationales, l’ambitieux projet d’électrification du continent requiert  une approche tant globale que locale, les zones rurales demeurant jusqu’ici les grandes oubliées de l’accès à l’électricité. Aussi primordiaux pour ces dernières, les projets de financement sont d’une autre complexité. Quelques coopératives ont vu le jour afin de répondre à un enjeu de taille : accélérer le développement dans des zones rurales isolées. Suncities ou encore Lendosphère, start-up françaises, proposent d’ores et déjà d’investir dans le financement de pompes solaires et autres fermes éoliennes par le biais d’instruments plus adaptés aux besoins locaux. Le Sénégal s’est ainsi vu doté de dizaines de pompes solaires destinées au développement agricole ainsi que d’une boutique multi-services proposant un accès à Internet, des chargeurs de téléphone ou encore des frigos.

Enchevêtrement d’instruments et de mesures : « l’imbroglio vert »

Initiative africaine pour les énergies renouvelables, projet de « grande muraille verte » lancé sous l’impulsion de l’Union africaine en 2007, Fonds vert pour le climat, etc. : une offre pléthorique qui laisserait somme toute présager une véritable avancée de projets en faveur d’un accès assuré à l’énergie produite à partir de ressources renouvelables.

Officiellement tenue pour responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique est, sur le papier et selon l’Agence Internationale de l’Energie, « l’épicentre d’un challenge global afin de vaincre la pauvreté énergétique ». L’Union africaine s’est ainsi emparée du sujet en promettant de fournir 10 Giga de capacités de production issues d’énergies propres d’ici 2020 et pas moins de 300 GW à l’horizon 2030 pour un coût estimé à 500 milliards de dollars.  L’Initiative Africaine pour l’Energie renouvelable lancée en décembre 2015 à l’occasion de la COP 21 se veut ambitieuse. Menée à bien, elle ferait de l’énergie produite sur le continent l’une des plus propres au monde.

Voulue « par l’Afrique » et « pour l’Afrique », l’Initiative devrait être financée par la Banque Africaine de Développement  à hauteur de 5 milliards par an, soit le triple de ce qu’elle allouait jusqu’ici. La marge reste cependant faible au vue des 500 milliards attendus pour relever le défi.

Produire et innover : le pari de l’accès à l’énergie pour l’Afrique

Agir parfois là où aucune production d’énergie n’est assurée pourrait finalement détenir quelques avantages : le recours à des ressources plus propres telles que les énergies solaire, éolienne, géothermique ou encore hydrique ainsi que l’élaboration de mécanismes de production et de distribution innovants amoindrissant les pertes.

La mise en place de réseaux de distribution à petite échelle pourrait ainsi permettre de réduire d’un quart l’énergie perdue au cours du processus  tandis que l’utilisation massive du charbon, du pétrole mais aussi du bois se verraient significativement réduits.

En effet, des pays tels que le Mali couvre 80% de ses besoins énergétiques grâce au charbon, un pourcentage morbide au vue des 38 000 décès provoqués par cette utilisation massive[5]. La mise en place de « foyers améliorés », permettant une combustion complète et des économies de chaleur, apporte une réponse précieuse à ce problème. A son origine, un homme, Ousmane Sammasekou, ingénieur de formation et dorénavant entrepreneur, s’est lancé le défi de proposer cette alternative en doublant son efficacité par la vente de briquettes de charbon produites à partir des résidus de poudre tombant des sacs de charbon. Aussi efficace que le charbon, le produit en combustion valorise non seulement un matériau autrefois destiné à la poubelle mais améliore aussi sensiblement la baisse de la production de gaz à effet de serre grâce notamment à la participation au projet de développement de ce concept d’une ONG, le Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités (Geres)[6]. Ces alternatives sont encore relativement onéreuses pour les Maliens, peu sensibilisés à ces problématiques.

Une offre locale qui répond néanmoins au déficit énergétique chronique de l’Afrique caractérisé par l’absence de l’exploitation de son impressionnant potentiel en matière d’énergies renouvelables, identifié dans un récent rapport de l’OCDE[7] : «  à l’heure actuelle […], seule une infime partie de ce potentiel est exploité. 7 % des capacités hydrauliques, moins de 1% des capacités géothermiques, et les initiatives photovoltaïques restent encore embryonnaires ».

 

[1]  Données de la Banque Mondiale http://data.worldbank.org/indicator/EG.USE.ELEC.KH.PC/countries/1W?display=graph

[2] Propos recueillis par PV Magazine  http://www.pv-magazine.com/news/details/beitrag/cop21–african-renewable-energy-initiative-launched–300-gw-2030-target_100022277/#axzz3tdebwBI6

[3] http://www.greenclimate.fund/documents/20182/24868/20151102_-_Status_of_Pledges.pdf/d2f4b2b2-667b-4915-a72e-78894dad4db3

[4] http://www.amisdelaterre.org/Nouveau-rapport-Charbon-le-crash.html

[5] Chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé

[6] « Katènè Kadji, une entreprise locale pour l’environnement », Cécile Mouzon, AlterEco+, décembre 2015 http://www.alterecoplus.fr/cop21/katene-kadji-une-entreprise-locale-pour-lenvironnement-201512110947-00002699.html

[7] OCDE, « Un meilleur accès à l’énergie pour les Africains », http://www.oecd.org/fr/dev/emoa/33936714.pdf